jeudi 6 décembre 2007

¾ de Kili... c deja ca!

C vrai, j’ai mis un peu de tps a retrouver le chemin de l’ordi, mais g mes raisons !
Un recapitulatif de mon recent periple...

Day 1.
Depart 11h de Marangu Gate, 6/7hrs (tt comme les jrs prochains) de marche prevue dans la Rain Forest du Kilimanjaro. Je pars donc avec l’Assistant Guide a travers la foret vierge et terriblement verdoyante, apres avoir fait peser chaque panier, ne devant pas depasser 15 kilos. (Ils les portent sur la tete) Les autres (Hubert le guide, le cook et le porteur) empruntent un autre chemin, plus large et direct.
Je prends quelques photos, mais economise car il faut qu’il me reste de la batterie pour le sommet !
Nous traversons de tps a autre des nuees denses de fourmis qu’il faut craindre et eviter a tout prix car elles ne sont pas venimeuses, mais sont tres rapides et s’agglutinent sur le corps, mordent et demangent atrocement. Moi meme, le tps de prendre une photo, je me fait assaillir et mordre.
Des le debut, nous avancons a tout petits pas et deja Kamili me dit que je vais trop vite ( !) alors que je n’ai deja pas d’espace entre mes deux pieds quand ils se succedent. Mais il faut aller plus lentement, car la route est longue et elle dure plusieurs jours.
Nous arrivons a la 1ere base, Mandara, 2720m au-dessus du niveau de la mer.
Au depart, j’ai deja fait la connaissance d’Alex, allemand, et la, je rencontre Elaine, canadienne et Oliver, allemand lui aussi. Nous formons rapidement un groupe sympa, qui se soutiens et on partage notre nourriture et nos recits de vie. Des notre arrivee, on nous sert deja du the, du... MILOOOOOOOO et du lait en poudre !!!! (souvenir du Pays, trop bon, reconfortant !), des pop corn et des biscuits. Puis vient le diner qui, tout comme le voyage, est gargantuesque. Ce sera comme ca pdt 5 jrs : 4 repas par jour, tous riches, complets et gros. Nous avons tous la meme nourriture, mais les autres ont parfois des avantages, comme du chocolat, par exemple, chose qui me manquera terriblement. (Et ca, c la seule chose qu’ils n’ont pas partage ! ;)
Apres le gouter, nous faisons une randonnee plus haut pour aller voir un cratere. Vue magnifique.

Day 2.
J’ai super hate de reprendre la route. L’ambiance est joviale, j’aime vraiment ces moments dans la montagne, il fait un peu frais, mais c parfait pour se reveiller. Petite bassine d’eau chaude pour se laver au minimum (pas de douche), petit dej super bon, remballage et depart avec Hubert le guide cette fois-ci. Les autres sont deja loin devant, ils prennent le meme chemin que nous maintenant, jusqu’au dernier jour.
La vegetation change, moins verte, les arbres sont etranges et rares, decor a la ‘Alice au Pays des Merveilles’.
6/7 hrs en perspective, comme tous les jrs, sauf que ces heures comme les kilometres, s’allongent, interminables, par leur manque en oxygene.
Cette journee est difficile. Je commence deja a avoir mal a la tete et j’ai le coeur qui bat la chamade, sans pouvoir le calmer. Ce sont les premiers effets du manque d’oxygene. Mais je ne m’inquiete pas. Apres le lunch, je me reveille, je demarre comme une pile, je suis reboostee, je marche moins lentement et bien.
J’arrive a la 2eme base, Horombo : 3700m.
On discute des heures dans les huttes avec l’equipe, j’aprecie le paysage, le coucher de soleil et les etoiles : incroyable de si haut, c magnifique. Je pense a toi...
Et puis vite dodo. Cependant, pour tous, mais surtout pour moi je crois, l’excitation a laisse place a l’apprehension de la longue marche du lendemain : 7hrs dans le desert froid et pierreux, avec de moins en moins d’oxygene.
Je dors mal ce soir-la : mon mal de tete est amplifie, et le Doliprane n’y fait rien, car c le mal de l’altitude que j’ai, et le seul remede est de redescendre.

Day 3.
C reparti.
Le debut de mon avancee est ok mais fatiguante. Je dois controler mes reflexions car mon coeur est tres sensible a la moindre pensee engageant la moindre emotion. Et tout n’est qu’emotion pour moi en ce moment. Je me rends cpte que dans la vie de ts les jrs, des pensees traversent notre esprit sans que l’on s’en rende vraiment cpte. Et je pense que chacune de ces ‘pensees-eclair’ declenche une variation infime du rythme de notre coeur. Mais en manque d’oxygene, ces variations deviennent conscientes, violentes et rapides. Notre coeur bat a toute vitesse et s’emballe a la moindre pensee d’amour, de peur, d’inquietude, d’agressivite ou autre.
Nous evoluons dans le desert ou les plantes et fleurs se font rares et nous entrons dans une espece de cuvette qui, en la remontant, nous mene a la 3eme base, et un peu plus haut, au sommet, ‘deja’. Je vois le chemin de terre et de pierres sur quelques kilometres. C rassurant, car c relativement plat, et cela ‘parait’ tout pres.
Arrive a l’heure du dejeuner, nous nous arretons sur les derniers rochers qu’il reste sur le chemin. Et c la que commence mon ‘ascension’ en enfer...
Je m’assois et d’un coup, un mal violent me prend. C le mal de l’altitude (qui est connu pour se manifester d’un coup, sans crier gare) qui m’emprisonne. Je suis prise de nausees et d’un mal de crane qui ne cessera d’augmenter avec l’altitude. Nous reprenons la route sans que j’ai mange, j’ai du mal a marcher et je suis constamment sur le point de tomber dans les pommes. Je me poste derriere un rocher pour pouvoir vomir... mais rien.
Je suis maintenant obligee de me servir de mon baton de marche. J’avance tres lentement, plus que jamais. Je perds peu a peu la conscience de mon etat. Tout ce que je ressens est mon cerveau qui bat et gonfle, mon coeur qui fait de meme, je m’affale sur mon baton de marche. Et je m’endors... puis je me reveille soudain en train de marcher. Hubert me tient le bras. Et je m’endors encore... Le manque d’oxygene (que je ne ressens pas au niveau de la respiration) me rend narcoleptique. Et plus on avance, plus c le drame. Car la piste parait plate, mais ce n’est qu’une illusion d’optique, car, en fait, elle monte lentement mais assez pour me rendre encore plus malade a chacun de mes pas trainant au sol. Je n’en peux plus. Je passe mon temps a faire des pauses, mais il ne faut pas tarder, car la nuit arrive. Il fait tres froid, je suis gelee. Et soudain, je stoppe et me mets a vomir (de) toutes mes trippes. Je suis tellement faible qu’Hubert est oblige de me soutenir debout, recroquevillee pas les secousses de mon mal. Ca me fatigue encore plus. Et je ne peux rien boire ni manger pour retrouver des forces. Hubert passe maintenant mon bras sur ses epaules car je ne peux plus tenir debout.
Puis nous arrivons enfin : derniere base, Kibo (du nom de la montagne) = 4703m au-dessus de la mer. ;)
Je ne demande pas mon reste, vais me coucher dans le dortoir, sans manger ni boire. J’annonce au guide que je ne serai pas en mesure de me lever a minuit cette nuit pour entamer l’ascension du sommet, je m’en sens incapable... et c la cas. Tout le monde est tres inquiet. Mais un medecin qui fait le voyage me dit que c la meilleure option, que ma vie est plus importante, d’autant plus qu’il voit que je n’ai absolument pas le matos contre le frois qu’il faut (il fait glacial ici, mais – 20 la-haut !). Decision prise : pas de Uhuru Peak (le sommet : freedom) pour cette fois.
Je passe une nuit atroce, gelee, une migraine qui me rend folle, des envies de vomir permanentes, et qd je me leve pour aller dehors, je tourne de l’oeil et dois m’assoir dans la neige pour ne pas m’evanouir. Succede au mal physiologique un mal psychologique, normal apparemment : une vague... que dis-je, un tsunami ! de tristesse m’envahit et ne me quitte plus jusqu’au surlendemain. Je pleure toute les larmes de mon corps, tout en essayant de ne pas vomir, ni m’evanouir ou me taper le crane contre les murs.
En partant a minuit, deux filles me laissent leur sac de couchage (dont un qui a fait l’Everest !), ca me rechauffe.

Day 4.
Tout le monde est redesendu en etant plus ou moins malade selon les personnes, et en se demandant pourquoi des gens paient pour faire ca, car c une vraie torture apparemment ! Le temps la-haut etait insoutenable, et je n’aurai meme pas pu tenir le froid, meme si j’avais pu monter.
Mais c magnifico-superbe, g vu leur photos: lever de soleil sur le glacier du Kilimanjaro, incroyable, tellement haut! Vraiment beau, une experience, definitivement.
Le guide et moi on redescend tot le matin car cela fait trop longtemps que je suis malade et soumise a l’altitude, c dangereux. Nous entamons la descente de plusieurs metres, quand d’un coup, le mal me quitte. C incroyable, fini. Je reste toujours un peu faible donc pas super bien dans mes baskets, mais le sourire revient sur mes levres le temps d’une photo que le guide prend de moi. Cependant, plusieurs fois je dois m’arreter car je suis sur le point de m’evanouir. Je finis par manger mon lunch de la veille et ca va mieux. Je me retourne plusieurs fois sur le chemin et voit le fameux sommet : j’etais literalement au pied, au commencement du sommet enneige si admire... mais pas de regrets.
Arrivee a Horombo pour passer une nuit regenerante.
Je recommence a manger avec ma faim connue et reconnue d’ogre, a tel point que tout le monde s’exclame que ‘Kelly’s back to life’, car il ne leur a pas fallut longtemps pour se rendre compte que je mangeais bcp et tout le temps!
J’ai meme le droit a un ‘communique de presse’ pour repondre a toutes leur questions. En effet, ils (allemands-combattants du Kili et je-ne-pourrais-pas-supporter-de-ne-pas-atteindre-le-sommet) essaient de savoir comment je supporte le fait de ne pas y etre arrive. Apres un sourire interieur, je leur explique que contrairement a eux, ce n’est pas ma priorite dans la vie et que le genre de voyage que je fais ne laissait pas assez de place pour une organisation complete et safe de l’ascension de la plus haute montagne d’Afrique, d’Europe et d’Amerique ! Que je me suis decidee la veille du depart, que l’agence qui a ‘organise’ est defaillante et pas serieuse, que je n’ai pas la moitie de l’equipement qu’ils ont, qu’ils sont venus en TZN expres pour ca, sans rien d’autre a penser, qu’ils ont du chocolat ;) et enfin, que mon objectif etait d’essayer, non pas de me tuer (comme certaines personnes chaque annees, au sommet).
Puis une discussion s’en suis sur la theorie que le fait d’etre nee et de vivre sur une ile au meme niveau que la mer ne me predispose pas a l’altitude. Et puis finalement, ils m’ont congratule car sans entrainement, ni bon matos, a l’arrache en plein milieu de mon voyage qui n’a rien a voir avec les montagnes et etant illienne, eh ben apparemment, 4703m, c quand meme pas mal... !

Day 5.
Descente grandiose des deux dernieres etapes, en seulement 5hrs (a l’aller ca nous a pris 12hrs !).
Je decide de ne pas retourner dormir chez l’organisateur a Marangu (je ne peux plus le voir en peinture celui-la... arnaqueur, je n’ai aucune confiance en lui, malsain, je ne sais meme pas comment j’ai fait pr dormir chez lui 3 nuits!) Je prends un dala dala pour aller sur Moshi et, sur l’invitation d’Elaine la canadienne, de partager une chambre avec elle dans un hotel avec lit, douche et resto. Je m’entends bien avec elle et puis je sais que j’ai besoin de me reposer apres toutes ces emotions. Je suis tres fatiguee, je n’arrive plus a marcher car je suis tte courbatue et j’ai faim ! ;)
Et puis Maman arrive demain matin tot, donc je veux etre en forme pour l’acceuillir !

Conclusion.
Etant donne les conditions dans lesquelles g effectue cette ascension aux ¾, je suis assez contente ! C deja ca. Pas de regrets.
Juste tres frustrant sur le depart du pied du sommet car quand le mal de l’altitude est parti, je me sentais bien mieux et c dur de se rendre cpte que quelques minutes auparavant on etait malade a crever et que de tte facon on ne pouvait pas faire un pas sans etre malade. Et j’ai souvent failli demander au guide de revenir sur nos pas pour le gravir ce sommet ! Mais je savais qu’en revenant, j’allais redevenir malade. C tres bizarre comme sentiment. De plus, physiquement je n’etais pas fatiguee, en pleine forme pour les jambes, nickel. C le physiologique qui a defailli, alors que mes jambes ne demandaient qu’a avancer.
Ensuite, meme s’il n’est pas necessaire d’avoir du matos de montagne (genre piollet et crampons) pour faire le Kili, il faut definitivement prevoir du matos et des vetements tres chauds, et des vitamines et autres aides medicamenteuses douces pour lutter contre le mal de l’altitude pour ceux comme moi qui en sont victimes. Car tout le monde ne l’est pas. J'aurais peut-etre du prendre la 6eme journee d'acclimatation... a voir pour la probable prochaine fois!
Aussi, mon ascension a ete difficile car je ne buvais pas (eau gelee donc desagreable et puis apres, malade). Il faut boire bcp bcp d’eau (4/5L par jr). Et apres je me suis rappellee que je sortais d’une deshydratation, de laquelle je ne m’etais pas encore remise, donc mon corps a du faire la tete en se disant que j’exagerais ! ;)
Cependant, meme si je peux dire sans pb que je n’ai jamais ete aussi malade de ma vie (meme l’episode avec Julie pour aller a l’Ile des Pins n’etait pas si dur !) et que je me suis promis 100 fois que jamais je ne reessaierai car je ne veux pas etre malade comme ca une nouvelle fois, et bien en etant bien preparee, je ne dis pas que je ne reessaierai jamais.
Enfin, cela a ete pour moi une experience extraordinaire de par la faune et la flore que j’ai pu observer et l’experience humaine et psychologique que ca a ete. La route a ete longue, mais j’ai eu environ 30hrs de pure reflexion (gachees parfois par mon coeur en hysterie !) sur tout et cela m’a apporte bcp de reponses.
Cette experience compte bien pour un mois entier dans mon voyage !... je me demande si je ne vais pas rentrer plus tot a la maison ?! ;)

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